L’ALE (Agence locale pour l’emploi) a été pendant longtemps un partenaire important de l’action sociale à Chastre. Elle permettait à chacun de faire appel à une personne pour recevoir de l’aide ménagère ou se faire aider pour des travaux de jardinage, par exemple. Depuis près d’une législature, nous n’avons plus d’ALE à Chastre, c’est regrettable. Comment en est-on arrivé là ?

Petit coup d’œil en arrière

En 2009, la commune de Chastre décide de lancer un département « Titres services » (TS) au sein de son ALE. Pour ECOLO, le département TS est une initiative positive et potentiellement un bon outil d’insertion par l’emploi et le service.

La majorité en place lance en 2010 le département TS sur la base d’un plan financier élaboré en collaboration avec un consultant et le Crédal. D’emblée, la commune vote une ligne de crédit de 30 000 euros. ECOLO s’abstient sur ce point. Le département TS démarre, engage jusqu’à 28 personnes et atteint une vitesse de croisière confortable. Pas pour longtemps.

Dès 2011 en effet, des déficits assez importants apparaissent et il faut faire appel à la ligne de crédit. Pourquoi ? Une analyse (faite par un expert-comptable) révèle des erreurs dans la conception même du projet : coût du consultant non maîtrisé, mauvaise connaissance des procédures de l’ONEM, trésorier absent, conseil d’administration de l’asbl peu actif, privilèges trop importants accordés d’emblée aux travailleuses, absentéisme, gestion déficiente par l’employée peu au courant des obligations légales etc. Les responsables ignoraient visiblement comment devait fonctionner un tel service ainsi que les problèmes à attendre sur le long terme. Une rétrocession de plus ou moins 10.000 € par trimestre à l’ONEM n’avait pas été prise en compte ; pas plus que la perte des avantages aux employeurs après deux ans d’engagement. Les conseillers communaux ECOLO ont régulièrement demandé un état de la situation, des comptes et des projections pour l’avenir. Celles-ci ont vite montré que l’ALE allait droit dans le mur ! Au Conseil communal, ECOLO Chastre a joué un rôle positif d’interpellation et a maintenu la discrétion, par respect pour les travailleuses.

En 2012, un Bureau est constitué. Catherine Watteyne, représentante d’ECOLO Chastre, en fait partie. L’équipe du Bureau fonctionne dans un esprit positif et tente de faire respecter les décisions prises au Conseil d’administration.

ECOLO demande que l’ALE propose un scénario crédible d’atteinte de l’équilibre budgétaire du département TS. La banque Dexia/Belfius demande entre temps un plan d’assainissement de l’ALE si Chastre veut prolonger la ligne de crédit. Ce prêt devrait aussi s’accompagner d’un meilleur fonctionnement des organes de gestion de l’ALE et d’une bonne tenue administrative des décisions. ECOLO demande aussi des retours réguliers vers le Conseil communal.

Faillite de l’ALE et de son département TS en 2013

La décision de fermer le département Titres-Services a finalement été prise en avril 2013. Le comptable avait prévenu les administrateurs que chaque journée maintenue coûterait 100 € de plus (coûts de fonctionnement, petits contrats, absentéisme). Fin juin, avec l’aide de juristes, c’est finalement un liquidateur qui a dû être engagé.  L’asbl est autonome mais la commune lui assurait la garantie bancaire sur une ligne de crédit. Cette garantie de 30.000 € avait été augmentée à 40.000 € : elle est déjà engloutie.  Les prestations du liquidateur de l’asbl, trouvé en urgence et en période d’été, s’élèvent à 200 € de l’heure : quel en sera le montant total ? à charge de qui ?

La faillite du département TS a entraîné celle de l’ALE, les deux asbl étant indissociables. Les travailleuses ont heureusement retrouvé du travail et ont été reprises par des agences indépendantes de titres-services.

La commune de Chastre a eu bien de la chance, car les dettes ont été épongées par la collectivité. C’est donc le citoyen (pas forcément chastrois) qui a payé. Combien avons-nous aussi payé aux divers consultants, expert-comptable, curateur ? Comme on n’avait pas de comptes en 2012, 2013, 2014, 2015, on n’a jamais su vraiment…  Il n’y a pas que dans les photocopieuses que de l’argent s’est perdu !

En attendant, la création d’une nouvelle ALE a été décidée, mais la Région wallonne a entamé une réforme des ALE et rien ne se dessinera très rapidement. Depuis lors, les Chastrois ont dû se tourner vers d’autres ALE quand c’était possible.

« Ecolo autrement », cela aurait donné quoi face à ce type de projet ?

  1. Nous nous serions informés d’abord : sur les expériences similaires en cours dans d’autres communes (les risques, les difficultés) et sur la législation et la réglementation en vigueur en Région wallonne.
  2. Nous aurions examiné si l’ALE était en bon état de marche pour entreprendre un projet d’une telle envergure : Conseil d’administration au complet et informé ? Trésorier présent et formé ? Personnel administratif en nombre suffisant, bien formé et bien équipé (matériel et formation informatique notamment) ? Personne bien formée et capable de piloter le projet ? Rien de tout cela n’était acquis à Chastre, il a fallu licencier, engager, faire appel même à des bénévoles, reconstituer un CA et un Bureau etc., tout cela dans l’urgence et la crainte de la faillite.
  3. Enfin, nous aurions communiqué et requis des avis multiples, et nous n’aurions pas fait de ce dossier un argument électoral, comme cela a été le cas en 2012. Peut-être, par souci de vérité et d’éthique, n’aurions-nous pas monté un tel projet, risqué et coûteux et dont les conditions de réussite n’étaient pas vraiment réunies à Chastre.
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